De Gand à Neuengamme et Lubeck

Léon Janssens enfant (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens enfant (© coll. J. Bourgeois)

Les premières années

Leon Jacques Raymond Janssens est né à Gand, le 16 novembre 1894. Il est le fils de Ferdinand Polydore Janssens (°Gand, 7 mai 1872) et de Jeanne Françoise Van Laecke (°Gand, 19 juillet 1873). Son père est menuisier, sa mère ouvrière du lin. Toute la famille, grand-parents, oncles et tantes vivent dans une grande maison située à l'Arrière-Lys (Achterleie). Léon est fils unique ; sa sœur Yvonne meurt âgée de seulement quelques mois.

La famille déménage, alors que Léon a 13 ans, dans les environs de l'église Saint-Sauveur (actuellement dans la rue Heilig Kerst). Son oncle Ferdinand est en effet sacristain-adjoint du Cercle catholique dans la paroisse du Heilig Kerst. Le père de Léon continue d'exercer le métier de menuisier, alors que la maman, Jeanne devient gérante dans le café du Cercle et entretient l'école voisine.

Etudes

Léon Janssens va à l'école primaire à l'Institut Saint-Georges (Sint-Jorisinstituut) et suit les cours de secondaire à l'Institut Saint-Amand à Gand. Il y poursuit des études normales, sans problèmes. En 1913, il sera nommé instituteur pour la 7ème année. Nous ne savons malheureusement pas quand Léon a obtenu le diplôme de régent en Français, mais de 1913 au début de la guerre, en 1914, il enseigne à l'Institut Saint-Georges.
Léon Janssens en communiant (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens en communiant (© coll. J. Bourgeois)

La première guerre mondiale

Peu après le début des hostilités, Léon Janssens s'enrôle le 24 septembre 1914 dans l'Armée belge; il sera assigné au 2e Régiment de Ligne (matricule 18918). Dès octobre 12914 Léon se trouve, avec son régiment, le long de l'Yser « du kilomètre 4 au kilomètre 10, dans la boucle de Tervaete, à la tête de pont de Schoorbakke et l'avant-poste de Schoore » (Livre d'Or de la Carte du Feu, Bruxelles, 1934-1935, p. 5; R. Lyr, Nos héros morts pour la patrie, Bruxelles, 1923, II, pp. 7-8). Il y passera toute la guerre et acquiert ainsi sept chevrons (Brevet n° 558521). Il monte régulièrement en grade: le 18 octobre 1914, il est nommé caporal, puis sergent le 5 décembre, et adjudant le 13 septembre 1915. Le 11 août 1916 il devient "officier auxiliaire d'infanterie" ou sous-lieutenant. A la fin de la guerre, Léon Janssens est lieutenant (26 juin 1918).

Léon Janssens est blessé à la cuisse le 28 septembre 1918, à Jonkershove. Il est très probable que cela se passe lors de l'attaque des positions fortifiées à Klercken ou dans le bois de Houthulst. Il est évacué vers le nord de la France pour y être soigné.

Léon Janssens est cité à l'ordre pour ses mérites militaires le 20 mars 1919:

  • "Officier énergique, très dévoué, d'une très grande bravoure au feu, qui s'est acquitté vaillamment de ses devoirs pendant ses 41 mois de présence au front; a été blessé le 28 septembre 1918 à Jonkershove à la cuisse droite par balle de mitrailleuse en se portant à l'assaut des positions ennemies."

Léon Janssens recevra après la guerre de nombreuses médailles; il était notamment chevalier de l'Ordre de Léopold et chevalier de l'Ordre de la Couronne. Après sa guérison, Léon Janssens suit les troupes d'occupation en Allemagne, où il restera quelque temps. C'est pendant cette période militaire qu'il se marie.

Le mariage et la famille

Léon Janssens épouse Sylvie De Maertelaere le 2 août 1919. Sylvie étant sa nièce : leur mariage doit d'abord être agréé par l'Eglise. En effet, leurs mères respectives, Françoise et Pélagie Van Laecke, sont des demi-sœurs, filles de Petrus Van Laecke.

Sylvie Françoise De Maertelaere est la fille de Charles Louis De Maertelaere et de Pélagie Van Laecke. Elle est née à Gand, le 6 mai 1892 et est la cadette de la famille (†Comines-Warneton, 1e décembre 1989). Son père travaille dans une filature, sa maman travaille à la maison et prépare la soupe pour les ouvriers. La famille habite d'abord à Meerhem, plus tard dans la Rietstraat à Gand. Sylvie suit les cours primaires et devient couturière. Elle a reçu sa formation de couturière chez un cousin, Achiel Van Laecke. Elle travaillera un temps comme couturière dans la Rue du Soleil (Zonnestraat) et gagnera jusqu'à 18 francs par semaine, ce qui est plus que ce que son père gagnait.

Sylvie a quatre frères : Polydore (1881-1935), Achilles (1882-1964), Ernest (1886- ?), Sylvain (1890-1890).

Achilles De Maertelaere est mieux connu sous son nom d'artiste, Achilles (Achiel) Bentos, et en tant que peintre de la bannière "De Klok slaat vijf uur. Half slapend gaan ze naar de fabriek" (Il est cinq heures, à moitié endormis ils se rendent à l'usine). Cette bannière deviendra une icône de la lutte sociale à Gand et sera portée de nombreuses fois lors des cortèges du 1e Mai et sera reconstruit en tableau vivant lors du cortège de 1938. Il est également l'auteur du monument funéraire à J. Samyn, le meneur syndical enterré au cimetière Westerbegraafplaats.

Léon et Sylvie ont cinq enfants : deux fils et trois filles. Tous sont nés à Gand : Christine le 26 décembre 1920 (†Evergem, 26 février 2008), Albert le 11 juillet 1922 (†Anvers, 26 février 1995), André le 4 août 1923 (†Hummelsheim (Allemagne), le 23 avril 1945), Janine le 30 avril 1927 (†Menin, 3 octobre 2011) et Yvonne le 10 septembre 1929 (†Evergem, 7 août 2001).

Le couple habite dans un premier temps dans la rue des Eléphants (Olifantstraat), puis consécutivement à la Place de l'Entrepot (Stapelplein), la Lange Munt et finalement dans la rue au Prince (Prinsenstraat, n° 23). Cette dernière sera, pendant la guerre, rebaptisée rue Mirabello. Les parents de Sylvie, ainsi que son frère Achilles, viennent s'installer dans la même maison. Mémé meurt au début des années '30, Pépé pendant la mobilisation. Devenu veuf, le père de Léon vient également rejoindre la famille. Il meurt en 1947.

Léon Janssens et Sylvie De Maertelaere lors de leur mariage (© J. Bourgeois)
Léon Janssens et Sylvie De Maertelaere lors de leur mariage (© J. Bourgeois)
Léon Janssens et Sylvie De Maertelaere avec leur fille Christine (© J. Bourgeois)
Léon Janssens et Sylvie De Maertelaere avec leur fille Christine (© J. Bourgeois)
Sylvie De Maertelaere avec sa fille Christine et son fils Albert (© J. Bourgeois)
Sylvie De Maertelaere avec sa fille Christine et son fils Albert (© J. Bourgeois)
Scène de famille avec de g. à dr. Léon Janssens, Albert, Christine et André Janssens et enfin Sylvie Demaertelaere. Sylvie est alors enceinte de Janine (°1929) (© coll. J. Bourgeois)
Scène de famille avec de g. à dr. Léon Janssens, Albert, Christine et André Janssens et enfin Sylvie Demaertelaere. Sylvie est alors enceinte de Janine (°1929) (© coll. J. Bourgeois)
La famille en promenade dans les rues de Gand. A l'avant-plan Albert en André entourant leur soeur Yvonne, puis Janine, Sylvie, Léon et Christine (© coll. J. Bourgeois)
La famille en promenade dans les rues de Gand. A l'avant-plan Albert en André entourant leur soeur Yvonne, puis Janine, Sylvie, Léon et Christine (© coll. J. Bourgeois)

L' entre-deux-guerres


Léon Janssens démissionne de son service militaire en mars 1921 et le jeune couple quitte l'Allemagne. Il donnera pendant ces années cours à l'Institut Saint-Georges (M. Michiels, Het Prelaatshuis van Baudelo, zetel van de Handelsschool Sint-Joris, 1993, p. 195, tab. 148) en 7e année, et également cours de Français à l'Institut provincial de Commerce et de Langue (mieux connu sous le nom de English Club) en troisième et quatrième année. C'est là qu'il écrira plusieurs manuels de Français, en collaboration avec mademoiselle I. Callewaert.

Léon continue cependant à suivre régulièrement les rappels d'officier de réserve, jusqu'en 1937, date à laquelle il demande sa mise à disposition. Il est alors capitaine-commandant de réserve.

Pendant toute la période de l'entre-deux-guerres, Léon est actif dans différentes organisations catholiques, et il crée une troupe de théâtre dans la paroisse de Heilig Kerst. Si l'on en croit certaines sources, Léon serait rapidement entré en conflit avec le curé de la paroisse, qui n'admet pas que des hommes et des femmes jouent dans la même troupe ! Léon Janssens, pourtant très catholique et profondément croyant, ne peut s'y résoudre et quitte la paroisse pour créer une nouvelle troupe, dans le cercle des classes moyennes de la Rue Longue Croix (Lange Kruisstraat) ; la troupe se nomme 'Katholiek Streven'. Il se retirera de la troupe lorsque, au début de la guerre, la troupe sera investie par des personnalités pro-allemandes.

Son engagement catholique et politique le mène deux fois sur les listes des élections pour le Parti Catholique, sans cependant avoir l'intention d'être élu.

Excursion le long de la Lys (© coll. J. Bourgeois)
Excursion le long de la Lys (© coll. J. Bourgeois)
Sortie familiale à Bredene, en juillet 1938. De g. à dr. Janine, Sylvie, Léon, Christine, Gilberte Paesmans (une amie) et Yvonne (© coll. J. Bourgeois)
Sortie familiale à Bredene, en juillet 1938. De g. à dr. Janine, Sylvie, Léon, Christine, Gilberte Paesmans (une amie) et Yvonne (© coll. J. Bourgeois)

Photo de famille Janssens et De Maertelaere: à l'arrière Léon Janssens, Sylvie De Maertelaere, Achilles De Maertelaere, Ernest De Maertelaere, ?, Polydor De Maertelaere, Wivina (ép. Ernest), ?. A l'avant: Albert Janssens, Karel De Maertelaere, Janine Janssens, Christine Janssens, André Janssens, Pélagie Van Laecke et Yvonne Janssens, Rolanda De Maertelaere (fille d'Ernest) (© coll. J. Bourgeois)

La famille Janssens au complet. De g. à dr.: André, Janine, Yvonne, Christine, Léon, Sylvie et Albert. Au mur et sur la cheminée des oeuvres d'Achilles De Maertelaere (© coll. J. Bourgeois)

Léon Janssens lors d'un rappel au camp de Beverloo (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens lors d'un rappel au camp de Beverloo (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens enseigne (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens enseigne (© coll. J. Bourgeois)

Mai 1940

Léon, alors capitaine-commandant de réserve est rappelé sous les drapeaux le 29 décembre 1939 pour être mobilisé dans le 52e Régiment de Ligne, 4e Compagnie. Il est caserné à la caserne Léopold à Gand et est chargé de la formation de jeunes recrues. C'est avec ces jeunes recrues qu'il vivra la campagne de mai 1940 et sa désolation. Son Journal de campagne  de la 4e compagnie, montre parfois en des termes crus et clairs le manque de commandements et d'instructions, l'inexpériences de ses jeunes recrues, et son désarroi...

Il se rend avec sa compagnie d'abord à Zaffelare, puis Bruxelles, pour ensuite, en passant par Gand se rendre direction Dunkerque. Au fur et à mesure qu'ils progressent, et comme il le décrit très bien dans son Journal de guerre, Léon voit grandir le désarroi qui le mène vers le sud de la France, pour finalement arriver à Nébian, un petit village fortifié médiéval du département de l'Hérault, près de Montpellier. Son Journal de guerre est entièrement consacré à cette période, de mai à fin août 1940.

Enfin, après avoir retrouvé ses deux fils qui avaient également pris la route de la France, il est définitivement mis en congé militaire et revient à Gand le 26 août 1940, vers 13.30 (Ch. A. Verwilghen, Le 52e régiment de Ligne, 1971, n.p).

Léon Janssens, 2e à partir de la droite, avec d'autres officiers à Nébian (© coll. J. Bourgeois)
Léon Janssens, 2e à partir de la droite, avec d'autres officiers à Nébian (© coll. J. Bourgeois)

Temps de guerre

A son retour de France, Léon reprend sa carrière d'enseignant à l'institut Saint-Georges et à l'Institut provincial de Commerce et de Langues à Gand.

Léon ne reste cependant pas en retrait de la scène politique: belgiciste convaincu, royaliste et catholique, il devient membre de la Légion Belge, qui sera plus tard intégrée dans l'Armée Secrète (voir aussi Wikipedia) et s'occupe dès fin 1940 de la diffusion de la presse secrète, tels La Libre Belgique, Vrij, Tijl et Klokke Roeland, comme on a pu le lire dans les nombreuses enquêtes en reconnaissance de son statut de résistant après la guerre. Les journaux vont souvent être cachés sous les tapis de l'escalier à la maison, avant d'être distribués. Les journaux venaient généralement de Bruxelles, amenés par le personnel de la firme de transport Steurbaut, qui officiait rue de Mirabello. On mentionne 1000 exemplaires de la Libre Belgique, 300 exemplaires de Vrij, et 200 exemplaires de Tijl, selon le témoignage de Prosper Colyn (Rapport administratif du 15/12/1954 de Prosper Colyn, dans le Dossier Presse clandestine de Léon Janssens n° 624979). Colyn déclare aussi avoir reçu plusieurs fois des numéros de Klokke Roeland. Il est très possible que Léon Janssens ait même écrit des articles pour Vrij, comme semble en témoigner Eduard De Clercq (Lettre du 10 décembre 1954, dans le Dossier Presse clandestine de Léon Janssens) et de Gaston Steurbaut (Rapport administratif du 01/12/1954 de Gaston Steurbaut, dans le Dossier Presse clandestine de Léon Janssens). Son nom est également mentionné dans le premier numéro de Vrij (1er août 1941).
Carte de membre de l'Armée Secrète de Léon Janssens (© coll. J. Bourgeois)
Carte de membre de l'Armée Secrète de Léon Janssens (© coll. J. Bourgeois)

Léon intègre donc dès la fin 1940 la Légion Belge, plus tard l'Armée Secrète (voir aussi Wikipedia), dans la zone III. La province de Flandre orientale (P2) était bien organisée. Elle était subdivisée en une région (R2 : Gand) et quatre unités tactiques (T18: Oudenaarde, T19: Alost, T20: Saint-Nicolas et T21: Eeklo), en tout 13 unités de combat et 26 sections. En février 1942, la province de Flandre orientale compte 1200 hommes, dont 400 pour la région Gand (V . Marquet, Bijdrage tot de geschiedenis van het Geheim Leger, 1940-1944, s.d., vol. II, p. 234).

Début 1941, Léon constitue un groupe de résistance dans le corps de la police de Gand, sous les ordres de la Légion Belge (Rapport rédigé par Edouard De Clercq sur le groupe de résistance dans le corps de police de Gand, manuscrit, s.d., 8 pp. (collection A. Van Houtte); Rapport administratif du 13/8/49 d'Edouard De Clercq et du 15/8/49 de Louis Van De Vijver, dans le Dossier du Prisonnier politique Léon Janssens, n° 50405bis/754/738). En effet, le commissaire de police adjoint Edouard De Clercq est un ami de longue date de Léon Janssens. Ensemble, ils créent un groupe de résistance qui compte une douzaine de personnes fiables. Leur tâche est de livrer des renseignements aux officiers de liaison et de renseignement, la recherche de membres fiables, la découverte d'éléments suspects ou dangereux, et le recrutement de résistants. Plusieurs policiers seront intégrés dans le Groupe du Port et resteront actifs pendant toute la guerre. Avec ces policiers, on cherchait surtout à prévenir les pillages et les émeutes lors de la libération, à prévenir toute destruction aux installations du port et faire éventuellement prisonniers les éléments 'non-patriotiques'.

Le plan détaillé des actions à réaliser avait été établi lors de plusieurs réunion, en présence notamment de Henri Story, politicien gantois de premier rang avant la guerre, qui mourra dans les camps en Allemagne, M. Goethals, commandant régional de l'Armée Secrète, L. Aelterman, le commissaire O. Spilliaert, Louis Van de Vijver et Edouard De Clercq.

Léon devient commandant de groupe de l'Armée Secrète, pour la zone portuaire gantoise G639 (Smetbrug, quartier Saint-Joseph, port et avant-port). Léon a grandi dans ces quartiers et connaît donc fort bien les environs. La compagnie doit avant tout faire échouer les tentatives de sabotage des installations portuaires que les Allemands préparent. Par ses contacts avec le directeur du port Van de Putte et l'ingénieur Vermeulen, l'Armée Secrète restera toujours au courant des plans allemands (V. Marquet, Bijdrage tot de geschiedenis van het Geheim Leger, 1940-1944, s.d., vol. VI, p. 527). Le port restera ainsi quasiment intact à la fin de la guerre.

Léon Janssens est arrêté par la Feldpolizei en 1942 et soupçonné de propagande anti-allemande (J.L. Charles & Ph. Dasnoy, Les dossiers secrets de la police allemande en Belgique, 1972, vol. II, p. 16); un de ses élèves, pro-allemand, l'a dénoncé, semble-t-il à l'occasion de son intervention lors d'un 11 novembre ou 21 juillet. On le soupçonne également d'être membre de la Brigade Blanche. Léon est condamné à six mois de prison, mais n'en tirera 'que' six semaines. Il est emprisonné à la prison de la Nieuwe Wandeling à Gand, du 7 avril au 23 mai (Régistre Nieuwe Wandeling S 16749, Oberfeld Kom. 570). La remise de sa peine de prison serait due à l'intervention de Mimi Pollet qui, via ses connaissances, tels Charles Locufier et des Allemands, a quelque influence auprès de l'occupant.

C'est pendant ces semaines de prison que Léon écrit son journal de prison ainsi que les poèmes de Kluizenissen.

Interdit d'enseigner, cela ne l'empêche pas de continuer à le faire, même quand il doit plonger, aux enfants des Usines Cotonnières de Belgique. En août 1943, les occupants sont au courant qu'un certain Léon Janssens est actif dans la résistance et qu'il est commandant de groupe, mais ils ne connaissent pas encore son adresse. Les Allemands se renseignent auprès des services de la population et commencent leurs recherches. Léon est averti par un employé du service de la population et peut ainsi échapper à son arrestation.

Léon Janssens se cache d'abord pendant deux mois à la clinique Saint-Vincent, où il écrit ses Kiekjes vanuit m'n venster. Par la suite, il se cachera chez lui, à la maison, pendant 10 mois. On ne sait si c'est la période pendant laquelle il écrit les textes de Zuur en Zoetjes mais comme ils sont fort comparables aux Kiekjes, on ne peut l'exclure. Nous avons enfin trouvé dans les archives de Léon quelques textes, qui ont été écrits lors de l'une ou l'autre occasion, comme par exemple deux poèmes au roi Léopold III.

Un page du journal de prison de Léon Janssens (© coll. J. Bourgeois)
Un page du journal de prison de Léon Janssens (© coll. J. Bourgeois)
Une page extraite de Zuur en Zoetjes (© coll. J. Bourgeois)
Une page extraite de Zuur en Zoetjes (© coll. J. Bourgeois)

Sa condamnation et son exclusion de l'enseignement ne l'empêchent pas de continuer ses activités de résistant. Toutefois, fin 1942, il passe cependant le commandement à G. Van Hecke, tout en continuant à jouer un rôle, en organisant par exemple des réunions chez lui, en transmettant des ordres et en distribuant timbres de ravitaillement et argent. Il reste actif dans le renseignement et la liaison, notamment avec le commandant Tollenaere, qui l'avait recruté, le commandant-major de secteur M. Goethals et le commandant de la zone, le lieutenant-colonel Haus; il s'occupe du transport des armes, des munitions et du ravitaillement, et a donné l'ordre, semble-t-il, de plusieurs sabotages.

Selon son dossier à l'Armée Secrète, Léon serait plusieurs fois intervenu pour libérer des jeunes gens du Arbeitsamt, le travail obligatoire en Allemagne. Il avait au service de la population notamment deux fonctionnaires amis qui, lorsque cela était possible, exécutaient ses ordres. Enfin, on trouve dans les dossiers qu'il aurait collaboré avec le Service de Renseignement de l'Armée (S.R.A.). Prosper Colyn, un ami d'Albert et une personnalité de marque dans la résistance, explique aussi que Léon avait été en relation avec la ligne de renseignements 'Zéro' (Rapport administratif du 10/08/49 de Prosper Colyn, dans le Dossier du Prisonnier politique Léon Janssens). Louis Van De Vijver, commissaire de police à Gand, explique même que Léon Janssens "... récoltait des renseignement militaires importants à l'époque ou l'Afrika Corps se trouvait dans les environs de Gand. Une autre fois, il s'est occupé des préparations pour la réception de parachutages (notre traduction)" ( Rapport administratif du 15/08/1949 de Louis Van de Vijver, dans le Dossier du Prisonnier politique Léon Janssens).

Les filles de Léon ont toujours raconté que des parties de ces parachutes avaient été découpées et transformées en robes de nuit et en rideaux, que la Feldgendarmerie n'a pas découverts lors de plusieurs perquisitions à la maison

Albert et André

Les deux fils de Léon, Albert en André, ont respectivement 18 et 17 ans en 1940. Comme de nombreux jeunes, ils partiront en mai 40 vers la France. Dans son journal de guerre, Léon y fait plusieurs fois allusion. Ils se retrouveront d'abord dans le sud et reviendront de France fin août 1940, avec leur père.

Albert avait l'intention de choisir pour une carrière militaire, mais la guerre l'en a empêché. C'est pourquoi, en 1940, il commence à l'automne 1940 des études d'ingénieur civil à l'université, où il fait la connaissance de Prosper Colyn. André avait juste terminé l'avant-dernière année de ses humanités et commence alors des études d'architecture à Saint-Luc.

Les deux fils vont aider leur père dans la résistance, dont ils seront membres. Ils participent à diverses réunions de la résistance, font office d'estafette pour le Groupe du Port et le Commandement Général du Secteur de Gand. André sera reconnu comme résistant armé par la commission de contrôle de Gand pour la période du 1e janvier 1942 au 16 août 1944 (Dossier 50405). Il avait beaucoup de contacts avec la résistance de Melle, à l'Ecole d'Horticulture, notamment via Jean Delbeke.

La porte de l'institut Saint-Amand par André Janssens (© coll. J. Bourgeois)
La porte de l'institut Saint-Amand par André Janssens (© coll. J. Bourgeois)

Seul André semble être membre officiel de l'Armée Secrète, depuis le début de 1942, avec rang de soldat (Matricule II/302.532). Pourquoi Albert l'a pas demandé la reconnaissance comme membre de l'Armée Secrète n'est pas connu, mais il semble qu'il ait surtout concentré ses efforts après-guerre sur la reconnaissance des deux membres de sa famille décédés. D'après ses sœurs sa très grande déception à la vue, en septembre 1944 des nombreux 'résistants de la dernière heure' l'aurait également marqué.

Albert, l'aîné, devait se cacher pour échapper au travail obligatoire en Allemagne. Il reçut plusieurs convocations et s'est quelque temps caché comme ouvrier chez Vynckier, mais très rapidement, avec son frère, ils se cacheront à Anvers (Berchem) dans la famille Luyckx (dans la rue Transvaal) de septembre 1943 à juillet 1944. Après la guerre, Albert épousera une des filles Luyckx, Maria. Les Janssens connaissaient les Luyckx parce qu'un oncle de Léon, Théophile Janssens, était partenaire commercial du père Luyckx.

Albert et Léon reviendront à Gand et seront capturés le 16 août 1944 par deux membres de la Feldgendarmerie ou du Sicherheitsdienst SD et un Flamand. Le Flamand, connu comme De Blok, tonne qu'il est un ancien élève de Léon. On le voit se promener à Gand, parfois en uniforme, jusqu'à quelques jours avant la libération. Une plainte contre lui, après la guerre, restera sans suite.

Albert et André Janssens sont embarqués sur un train pour l'Allemagne, mais à Bruxelles l'aîné est emmené à la prison de Saint-Gilles. Les Allemands veulent sans doute l'interroger, étant le fils ainé d'un résistant connu. Il est fort heureusement libéré lorsque les Allemands évacuent Bruxelles et retourne à Gand, encore avant la libération de Gand, le 6 septembre. Il devra plonger quelques jours encore.

André est déporté vers l'Allemagne, dans le camp de Leubengrund, au Baulager VII. Il y travaillera un temps pour un architecte allemand, mais ce régime de faveur se termine rapidement. Il meurt de dysenterie à l'hôpital américain de Hummelsheim, après la libération du camp, le 23 avril 1945.

Prisonnier

Après de longs mois de cache et d'activités dans la résistance, Léon est capturé le 2 juin 1944. Son adjoint, Léopold Boone avait été torturé et avait parlé. Son épouse avait cependant réussi à avertir Léon Janssens et il part se cacher dans la maison de la famille Colle, dans la rue de Wondelgem ; le fils était fiancé à Christine Janssens. C'est là que Léon sera arrêté. Prosper Colyn, Marcel Poelman, Robert Tollenaere et Raoul Raemdonck seront tous également arrêtés dans les derniers mois avant la libération.

Léon est pour une seconde fois enfermé à la prison de Nieuwe Wandeling, avant de passer du 11 au 30 août au camp de Breendonk. Il faut noter que seul le registre de Breendonk mentionne le nom de Léon Janssens; lors des enquêtes administratives après la guerre, Breendonk n'apparaît pas. Ses enfants n'étaient pas plus au courant de son transfert à Breendonk.

https://bel-memorial.org/cities/antwerpen/breendonk/breendonk_fort_platen_14-18_40-45.htm
https://bel-memorial.org/cities/antwerpen/breendonk/breendonk_fort_platen_14-18_40-45.htm

Le camp de Breendonk voit arriver les premiers prisonniers le 20 septembre 1940 et est mis sous la garde de la Wehrmacht. En septembre 1941, des SS belges viennent rejoindre les troupes de la Wehrmacht. On trouve à Breendonk des résistants et des prisonniers politiques, en même temps que des criminels de droit commun, des contrebandiers, etc. Le camp comptera jusqu'à 600 prisonniers, qui tentent de survivre dans les pires conditions. Breendonk sera évacué le 31 août 1944 : les prisonniers sont emmenés en bus à Vught, aux Pays-Bas, pour ensuite prendre la route de l'Allemagne. Le camp de Breendonk sera libéré le 2 septembre 1944 (L. Van Eck, Het boek der kampen, Leuven, 1979, pp. 29-38.).

Le 1er septembre, avec d'autres résistants gantois, Léon est déporté via les Pays-Bas vers l'Allemagne, pour arriver à Neuengamme (voir aussi Wikipédia) le 3 septembre. Il y reçoit le matricule CC Neuengamme 48865. Dans le même camp se trouve également Marcel Poelman, le commandant du Groupe I 'Le Héron', de l'Armée Secrète (Rapport administratif du 10/8/49 de Marcel Poelman, dans le Dossier du Prisonnier politique Léon Janssens). Par la suite, Léon sera interné à Blumenthal, un camp satellite de Neuengamme.

L'entrée du mémorial de Neuengamme (© coll. J. Bourgeois)
L'entrée du mémorial de Neuengamme (© coll. J. Bourgeois)

Images du camp de Neuengamme (© coll. J. Bourgeois)

Le camp de Neuengamme, près de Hambourg, a été construit en 1938, comme camp annexe de Sachsenhausen et est devenu autonome le 4 juin 1940. De 1940 à 1945, 95.500 prisonniers passent dans ce camp, dont 13.500 femmes. Les prisonniers de Neuengamme et des camps satellites, comme Blumenthal, seront evacués vers la baie de Lübeck, lors d'une marche de la mort qui fera de nombreuses victimes. Parmi ceux qui ont survécu, nombreux seront ceux, comme Léon Janssens, qui périront dans la baie de Lübeck (L. Van Eck, Het boek der kampen, Leuven, 1979, pp. 83-88).

Raymond Van Pée, prisonnier de Neuengamme et de Blumenthal en '44 - '45 décrit les deux camps comme suit (notre traduction):

  • Le camp (Neuengamme) qui recelait tant de peine et de souffrance, était bien entretenu. Il y avait autour des baraques des parterres de fleurs que les prisonniers entretenaient. Il y avait même des arrosoirs. Dans une baraque isolée vivaient les condamnés à mort. Ils portaient un bandeau jaune avec la mention "Tor Sperre". Ils ne savaient pas quand ils seraient exécutés. Chaque jour, les SS criaient quelques noms et les malheureux étaient exécutés dans la journée." (R. Van Pée, Ik was twintig in 1944. Relaas uit Neuengamme en Blumenthal, 1995, p. 69).
  • "Nous faisions la reconnaissance du camp (Blumenthal). A droite de l'entrée coulait la Weser, puis une zone herbeuse et ensuite un sentier de quelque trois mètres de large. Le long de ce sentier se trouvait la première enceinte de fils barbelés, haute de trois mètres... Quelque trois mètres plus loin, la deuxième enceinte ... électrifiée. Sur les quatre côtés du camps se dressaient des tours en bois. Elles étaient occupées, jour et nuit, par un soldat armé d'une mitrailleuse lourde." (R. Van Pée, Ik was twintig in 1944. Relaas uit Neuengamme en Blumenthal, 1995, p. 73).

La vie y était très dure: les appels, les souffrances, les coups, etc. étaient leur pain quotidien. Le rude hiver 1944-45 n'a certainement pas amélioré les conditions de vie. Karl, le chef de camp de Blumenthal, était une brute qui maniait le fouet et cognait sans merci à mains nues.

ll semble que Léon Janssens ait écrit quelques textes pendant cette période : deux textes ont été préservés. Nous ne savons malheureusement rien du contexte dans lequel ils ont été écrits. On peut supposer que ces document sont revenus à Gand avec les survivants gantois de la tragédie du Cap Arcona.

Le premier texte est écrit sur la musique d'une chanson qui m'est inconnue (C'est trois qui tournent et trois qui montent).

I
Copains, voici enfin venu
Le beau moment, tant attendu
qui nous promet le prompt retour
Dans nos foyers, à nos amours.
C'est vrai, nous avons quelquefois
Perdu l'espoir, sinon la foi,
Mais si nous y risquions la peau
Nous conservions nos os,
De sorte que ce qu'on nous laisse
Vaut mieux que notre graisse.
Refrain
Que quittons nous sans trop de mal?
Ce vieux Blumenthal!
Qu'est ce qui nous plaît par-dessus tout?
Le retour chez nous!
Qui de nous fera plus le c...n?
C'est le "Grand Lion"!
Que ne pourra-t-on donc plus nous faire?
Zut! M...de! Pas de raisons!
Allonger vingt coups sur not' derrière!


II
Nous n'avons plus, ce s'ra comique,
A cinq heures "réveil en musique"
Ni quelqu'un pour nous engueuler
Si nous ne sommes, sitôt levés!
Il n'y aura plus l'fameux tonneau
Pour recevoir les grandes eaux,
Ni pour nous rendre au WC
Il n'faudra plus nager.
Malgré tout' ces lacunes de biens
Il ne nous manqu'ra rien!
Refrain


III
Bientôt retour à la maison
Le pain remplace la boule de son
Et loin de pouvoir fair' la queue
On déjeun'ra au coin du feu.
Le chocolat, les oeufs au lard
Remplaceront le thé au quart
Et la vraie tasse de Mexique
Remplace le jus de chique.
Au lieu qu'à la porte on soit mis,
On s' fera servir au lit.
Refrain

IV
Ce qui nous manq'ra, c'est bien fatal
La promenade matinale
Avec le fameux coup de pied
Et c'tte bonne goutte au nez.
Et bientôt il nous va falloir
Nous moucher dans un vrai mouchoir
Au lieu d'y employer nos doigts
Comme nous l'faisions, ma foi!
Nous vivrons comme des aristos
Au lieu d'faire le salaud.
Refrain

V
Faudra songer tous les matins
A nous laver "figure et mains",
Changer de ch'mise et de caleçon
Et y faire mettre des boutons!
Fini le règne des ficelles,
Du fil de fer et des rondelles.
Il nous sera bien défendu
De courir moitié nus.
Eh bien donc, ce sera enmiellant
De ne plus être au camp!
Refrain

VI
Au r'pas nous n'aurons plus de rab!
Nous n'jouerons plus à "Mützen ab! "
Nous n'irons plus au "Ein, Zwo, Drei!"
Et toute cette autre "Scheisserei!"
Faudra manger du fricandeau
Au lieu d'la bonne soupe à l'eau
La soupe aux choux ou le ruta,
Chez nous n'y en aura pas.
Songez à notre mine contrite
Devant un bifsteak frites!
Refrain

VII
Enfin, la vie sera banale
Ah! ce qu'on regrett'ra Blumenthal
Et les appels, et... tout le fourbi,
Les poux et les puces y compris.
On sera seul au cabinet?
J'vous demande un peu! Où reste l'attrait?
Enfin on ira sans espoir
Y faire son... devoir.
Pourvu qu'enfin on n' meure pas
D'être embêté comme ça!!
Refrain

Léon Janssens était de toute évidence un homme profondément croyant. Cela transparaît dans tous ses textes. Le dernier texte est une prière écrite à Blumenthal, le Vendredi Saint 30 mars 1945.

  • O Zoete Zaligmaker die tot onze Verlossing den Kruisdood hebt willen ondergaan en U sinds Kalvarie onophoudelijk op onze altaren slachtoffert, wij smeeken U ootmoedig, moge ons huidig menselijk lijden en dit van onze geliefden, dat wij U opdragen, gelouterd worden in den smeltkroes der Goddelijke Liefde die Gij niet ophoudt ons te bewijzen.
  • Moge het aldus met en naast Uw Goddelijk Lijden waardig bevonden worden om dit uit te boeten voor onze zwakheden, onze misdaden, ons verraad. Moge het ons, door het toevoegen van Uw onuitputtelijke Verdiensten, de genade bekomen ons het voorrecht verschaffen van op zulk wonderbare wijze door de Goddelijke Voorzienigheid te worden beschermd, zooals dit tot op heden toe is gebeurd. Moge het ons het onuitsprekelijk geluk brengen van spoedig weer te zijn vereenigd met de afwezige geliefden, opdat wij bij hen de beschermende rol mogen opnemen die ons door de Goddelijke Voorzienigheid is toevertrouwd.
  • Geef ons de kracht en de gelegenheid te herstellen wat wij in onze huisgezinnen hebben te kort gedaan; geef ons de genade de nieuwe christen wereld te helpen opbouwen.
  • Amen

La fin, le destin

C'est sur ordre de Heinrich Himmler que devaient tomber dans les mains des troupes alliées le moins possible de prisonniers des camps de concentration. De Neuengamme, les prisonniers politiques ont été évacués, en marche de la mort, vers la baie de Lübeck, non loin de la petite ville de Neustadt. Le commandant Pauly, chef du camp de Neuengamme, avait décidé d'installer un camp flottant dans la baie. Les prisonniers sont embarqués sur divers bateaux, dont le bateau de croisière Cap Arcona et les autres, Athen, Thielbeck et Deutschland.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Cap_Arcona_burning.jpg
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Cap_Arcona_burning.jpg

Chaque jours des prisonniers meurent sur le bateau. Leurs corps sont quotidiennement jetés à la mer. La promiscuité y est indescriptible, les conditions de vie déplorables.

Des survivants du drame ont raconté que Léon, arrivé en vue de Lübeck, a été enjoint par des compagnons gantois de se joindre au groupe. Léon, malade, aurait refusé et préféré embarquer sur le Cap Arcona, qui avait une infirmerie.

C'est le 3 mai vers 14.30, que commence la tragédie de la baie de Lübeck. Les bateaux sont survolés par une escadrille de Typhons britanniques; ils visent les bateaux. On ne sait toujours pas pour quelles raisons les bâteaux ont été attaqués. En tous cas, trois vagues successives sont effectuées: le Cap Arcona et le Thielbeck sont coulés. Le Thielbeck coule en quelques minutes. 7300 déportés et 600 SS périront dans cette tragédie. 4600 périrent sur le Cap Arcona, dont Léon Janssens, mais aussi le frère d'André Malraux, et des prisonniers de 28 nationalités différentes (L. Van Eck, Het boek der kampen, Leuven, 1979, pp. 83-88. M. Verschooris, De papegaai is geschoten, Gent, 1994, pp. 82-84 ; E. Locment & A. Losfeld, "Il y a trente ans, des Mouscronnois souffraient encore dans les geôles nazies", Nord-Eclair, 07/03/1975, p. 5 ; P. Vaute, "La tragédie de Lübeck garde bien ses secrets", La Libre Belgique, 16/03/2000, p. 8).

Léon Janssens a été enterré au Nordfriedhof de Neustadt (Holstein), dans une tombe collective, avec 155 autres victimes de la catastrophe, dont une dizaine de Belges (tombe VW-22-40). Il sera exhumé en 1958 pour être rapatrié en décembre 1958. Le corps de Léon Janssens repose maintenant sur la parterre d'honneur du cimetière ouest (Westerbegraafplaats, parterre A5, rangée 6, tombe 8)(Dossier Breendonck, acte de décès 783/1945)

https://historiek.net/cap-arcona-scheepsramp-lubecker-bocht/78237/
https://historiek.net/cap-arcona-scheepsramp-lubecker-bocht/78237/

Commémorations

La plaque commémorative à la Goededagstraat à Gand (coll. J. Bourgeois)
La plaque commémorative à la Goededagstraat à Gand (coll. J. Bourgeois)

Une plaque commémorative pour les membres de la Compagnie du Port est inaugurée le dimanche 8 septembre 1946 au port de Gand. Aujourd'hui, la plaque se trouve dans la rue du Goedendag. Le docteur Schotte, médecin principal de la Zone III et compagnon de combat de la Compagnie du Port y tient un discours émouvant, dans lequel il évoque le rôle de la compagnie (Gedenkboek De Coene en Speeckaert, Gent, 1949, p. 75-81)(notre traduction) :

  • "De Groote, De Coene, Janssens, trois grands noms de l'Armée Secrète. Le travail colossal qu'ils ont effectué et le courage avec lequel ils ont subi les tortures de la Gestapo sans laisser échapper un seul nom, fait d'eux les commandants glorieux dont la mémoire restera gravée dans le cœur de tous les membres de l'A.S. à Gand... »
  • « ...Maintenant, leurs noms sont coulés dans le bronze pour l'éternité. En tête les deux dirigeants : le commandant Janssens et le lieutenant Speeckaert, qui aimaient tant leurs hommes et qui étaient tant aimés par eux ».

C'est le 19 janvier 1947 que l'Amicale des 2e et 22e Régiment de Ligne tiennent une cérémonie commémorative à l'hôtel Saint-Georges à Gand. Le commandant Franz De Coene, chef du secteur Gand dans l'Armée Secrète, le commandant Georges De Groote, une autre personnalité importante de l'Armée Secrète et enfin Léon Janssens y sont encore une fois mis à l'honneur..