Journal de campagne de la 4e compagnie,

52e Régiment de Ligne

10 - 28 / 05 / 1940

Vendredi 10 Mai 1940

Alerte à 1 h ¼ du matin - les troupes se rendent dans les cantonnements d'alerte (4e compagnie: Ecole d'Agriculture).

15 heures: ordre de départ vers Saffelaere - arrivée à Saffelaere vers 18 heures.

Samedi 11 Mai 1940

Cantonnement de Saffelaere - Rien à signaler.

Dimanche 12 Mai 1940

1 heure. Départ de Saffelaere pour Gand, St. Pierre. Embarquement des troupes et du matériel.

Départ vers 12 h. Destination Termonde - Départ de Termonde pour la gare de Jette. Arrivée à Jette St. Pierre vers 20 h 30.

Débarquement du matériel.

Les troupes de la 4e compagnie ainsi que le cadre sont cantonnés à l'École Communale, rue Communale à Ganshoren.

Lundi 13 Mai 1940

Cantonnement de Ganshoren. Rien à signaler.

Mardi 14 Mai 1940

Cantonnement de Ganshoren. Rien à signaler.

Mercredi 15 Mai 1940

Cantonnement à Ganshoren. Apprenons départ des régiments 53, 54 etc...

Rien à signaler.

Jeudi 16 Mai 1940

Cantonnement à Ganshoren. Comme les jours précédents, assez grande activité de l'aviation allemande. Ordre de départ est donné par le général de la 1ère circonscription militaire "d'embarquer de suite à la gare la plus rapprochée, destination : Dunkerque."

Nous embarquons avec le bataillon à la gare de Jette. A 19 heures départ.

Nous restons bloqués à quelques kilomètres de Dilbeek. Les avions de bombardement allemands font de la besogne en direction de l'est.

Vendredi 17 Mai 1940

Le voyage continue très lentement, nous passons Denderleeuw, Sottegem, Oudenaerde, Iseghem et sommes arrêtés pendant 5 heures aux environs de Dixmude. Les hommes n'ayant pas à manger et les vivres de réserve étant consommés par ordre, j'achète pour 380 frs. de conserves pour toute la compagnie (voir facture). La nuit, le voyage continue en direction de Dunkerque.

Samedi 18 Mai 1940

A 3 heures du matin, nous sommes arrêtés dans la gare frontière de Bray-Dunes. Pas d'ordres nouveaux. Nous apprenons par un employé du chemin de fer français que notre destination est Narbonne. De nombreux trains nous dépassent, nous en dépassons d'autres. Impression de désordre et d'embouteillage sur les voies ferrées. Nous passons Calais - Boulogne - Neufchâtel (Hardelot). Le train est arrêté à proximité de la gare d'Etaples.

Dimanche 19 Mai 1940

Le train part d'Etaples, nous passons Abbeville et sommes arrêtés à Pont-Rémy, 9 km au-delà d'Abbeville. Nous apprenons que la gare d'Amiens sur laquelle nous nous dirigeons, vient d'être bombardée, nous sommes coupés. Le train stationne tout un jour et toute une nuit à proximité de la gare.

Lundi 20 Mai 1940

Mauvaise journée. Les avions allemands sont là déjà de grand matin, nous ne pouvons plus obtenir des autorités du chemin de fer que le train puisse partir. Devant la quasi certitude d'un bombardement de train, nous décidons de le faire évacuer provisoirement par les troupes qui se cacheront dans les buissons à quelque 500 mètres à gauche et à droite de la voie ferrée. On cherche à se mettre en contact avec les autorités militaires d'Abbeville. Il n'y a plus rien à faire, il faut abandonner le train. Le chef de bataillon en donne l'ordre et indique comme point de ralliement la ville de Rouen (± 100 km). L'adjudant De Wolf est chargé de la récupération du matériel roulant. Il est bombardé pendant le déchargement. La 4e compagnie reçoit l'ordre de partir en tête vers Rouen. Je pars avec le peloton de tête par petits groupes, puisqu'il y a des observations ennemies continuelles. Après reconnaissance de cheminement par le commandant De Moor et le lieutenant De Kubber, on nous conseille l'itinéraire suivant: Remoiville, Blangy (-sur-Bresle). Neufchâtel (-en-Bray), Rouen.

A Remoiville, le lieutenant De Baeck nous rejoint avec un camion dans lequel montent la plus grande partie du premier peloton; le lieutenant Van Maldeghem ralliera, le restant continuera l'itinéraire et sera repris par De Baeck pour nous rejoindre plus loin.

Le lieutenant De Baeck transmet l'ordre de rallier plutôt la route de Beauvais, la chose paraît impossible étant donné que nous ne possédons aucune carte et qu'il faut faire diligence. Nous continuons donc la marche en direction du Sud. Derrière nous, Abbeville est en feu, à notre gauche Amiens est en feu. Une nouvelle escadrille de 27 bombardiers allemands nous survole et va se débarrasser de ses bombes sur Abbeville.

Nous continuons notre marche forcée sur Blangy; arrivés au carrefour de Blangy, une armée française en pleine retraite, les officiers des postes régulateurs de la circulation nous enjoignent de caser nos hommes par paquets de 2 ou 3 sur les camions français et de faire grande diligence, puisqu'une colonne motorisée allemande vient dans cette direction. Je laisse monter les hommes par petits paquets et je donne comme rendez-vous Neufchâtel ainsi que le lieutenant De Baeck nous en a transmis l'ordre de la part du commandant De Raedt. Je reste seul avec 2 hommes, nous trouvons enfin une place dans des autobus qui descendent vers Rouen. Toute la nuit, la randonnée continue.

Je suis mort de fatigue, je m'endors. Malgré l'encombrement sur la route, la colonne avance puisque vers la pointe du jour je me réveille par l'arrêt du "bus" qui ne veut continuer sur Rouen; le chauffeur déclare qu'il ne désire plus se faire bombarder là.

De officieren van het 22e Linieregiment. 4e van links is Leon Janssens  -  Les officiers du 22e Régiment de Ligne. Léon est le quatrième à partir de la droite (© coll. J. Bourgeois)
De officieren van het 22e Linieregiment. 4e van links is Leon Janssens - Les officiers du 22e Régiment de Ligne. Léon est le quatrième à partir de la droite (© coll. J. Bourgeois)

Mardi 21 Mai 1940

Nous reprenons la marche à pied sur Rouen. Je suis seul de mon unité avec quelque 10 hommes venant de Liège. Je retrouve une voiture de maître après que les hommes qui m'accompagnaient ont retrouvé un camion et que je suis encore resté seul sur le carreau. Le propriétaire me conduit à Rouen où je me fais descendre à l'entrée de la ville. Comme j'étais en tête de colonne, je décide de m'arrêter et d'attendre les troupes au passage pour les réunir.

A 5 heures du matin, l'officier commandant le détachement français qui attend là sur place prie les Belges de partir pour lui permettre d'installer ses troupes et ses armes pour faire face aux colonnes motorisées. Les colonnes françaises et anglaises continuent à s'écouler. Il nous enjoint de passer sur la rive sud de la Seine.

Je me rends à la caserne de Taillandier où selon des renseignements reçus sont réunis beaucoup de Belges.

J'y rencontre l'adjudant De Wolf et un détachement de quelque 30 hommes avec 3 camions du bataillon. Je vais demander au major belge qui commande, ce que je dois faire. Il m'enjoint de partir immédiatement pour Evreux et signe un bon pour l'essence. Départ pour Evreux vers 10 heures du matin. A Evreux, arrivés l'après-midi vers 14 heures, nous sommes ravitaillés en vivres et en essence mais nous devons quitter immédiatement, on craint un trop grand encombrement. Je demande à pouvoir attendre pour récolter le plus possible de notre unité.

Des isolés rejoignent avec les lieutenants De Busseré, Vanderstylen, le sous-lieutenant Buysse, quelques hommes nous arrivent avec une camionnette jaune. Ils déclarent l'avoir trouvée abandonnée sur la route dans un fossé, ils l'en ont retirée. Le détachement est maintenant de 60 hommes et officiers. Je suis obligé de décharger encore des sacs bleus pour pouvoir transporter mes hommes. Je les décharge dans la grange du mess des officiers en face de la caserne d'Evreux. De nouveau, on nous donne l'ordre de partir, nous nous exécutons et nous allons jusqu'à Verneuil (-sur-Avre) (Eure). Tout le monde est mort de fatigue, il faut se reposer. Nous logeons (officiers et troupes) chez Mr. Legouin où nous trouvons un accueil charmant. Les hommes sont logés et nourris par ses soins.

Mercredi 22 Mai 1940

Départ de Verneuil à 10 heures, détachement complet, destination Alençon. Arrivée à Alençon à 14 heures. Ravitaillement en essence et en vivres. Départ vers Le Mans détachement complet. Arrivée au Mans à 20 heures. Ravitaillement essence et vivres.

Départ pour Tours à 22 heures.

Manque le soldat Dochy, 3e compagnie du 52e, disparu pendant le ravitaillement en vivres à la manutention de Le Mans. Avons constaté la nécessité urgente d'établir un état contrôle. Ce que nous faisons.

Arrivée à Leigny-en-Belain (Sarthe) à 23 heures. Logement chez Monsieur Cautelier. Officier et hommes logent sur le chanvre.

Jeudi 23 Mai 1940

Nous procédons au triage des sacs bleus qui nous restent, notre chargement est trop lourd. A 9 h. 30, nous partons pour Tours (les objets personnels rencontrés dans les sacs bleus en sont retirés et laissés en dépôt chez Monsieur Cautelier).

Arrivée à Tours à 16 heures. Rencontrons le lieutenant de Vaucleroy. Rendez-vous à Poitiers. Ravitaillement en vivres et en essence.

Départ pour Poitiers à 19 heures.

Arrivée à Sainte-Maure (-de-Touraine) à 21 heures après panne à la camionnette; le logement pour officiers et hommes est soigné par Monsieur Glardon, maire de la commune.

Vendredi 24 Mai 1940

Départ de Sainte-Maure à 9 ½ h après réparation camionnette.

Arrivée à Poitiers à 13 heures.

Rencontrons le lieutenant de Vaucleroy avec un détachement de 15 hommes; ils continueront par leurs propres moyens puisque nous ne pouvons les embarquer, faute de place.

Départ pour Angoulême à 15 h. 45. Détachement complet.

Arrivée à Ruffec à 18 heures.

Logement pour hommes et officiers par les soins de Monsieur le Maire.

Samedi 25 Mai 1940

La camionnette jaune nous cause des ennuis; il faudra acheter une nouvelle chambre à air; je le fais.

Départ de Ruffec à 9 h. 30 pour Angoulême.

Arrivée à Angoulême à 12 h.

Départ d'Angoulême pour Périgueux à 13 heures. A la sortie d'Angoulême le lieutenant de Vaucleroy.

Arrivée à Périgueux vers 16 heures. Nous présentons comme toujours à la place française et recevons enfin un ordre de mission dirigeant notre colonne (à laquelle le lieutenant de Vaucleroy s'est joint avec le camion qui transportait son détachement) sur Montpellier par Bergerac.

Passage à Bergerac vers 19 heures, nous ne pouvons y passer la nuit, c'est par trop encombré.

Nous continuons sur un village plus loin, Bouniagues, où hommes et officiers se logent.

Je donne l'ordre de partir vers midi demain. Les hommes pourront se reposer un peu et aller à la messe à 10½ h s'ils le désirent.

Dimanche 26 Mai 1940

Le matin se passe à Bouniagues. Rien à signaler. Départ de Bouniagues à 13 h. 30 pour Agen. Arrivée en cette ville à la caserne de cavalerie, quartier Toussaint vers 16 heures. Comme les hommes n'ont pas été ravitaillés en vivres ce jour, ils reçoivent à la caserne un repas chaud et abondant et y trouvent un gîte pour la nuit. Demain départ pour Toulouse à 8 h. Ravitaillement en essence.

Lundi 27 Mai 1940

Départ de Agen à 9 h. Les hommes ont reçu un premier repas (café + pain).

Arrivée à Toulouse vers 11 h. 30. Nous prenons contact avec le Colonel Nollet, chef d'Etat Major du Général de Selliers, qui nous fait ravitailler en essence et nous dirige sur Barcarès via Narbonne.

Les va et vient entre les commandements belge et français nous fait perdre largement 7 heures; il est 18 heures avant que nous ne puissions nous mettre en marche pour Narbonne; nous interrompons notre voyage au village de Donneville où les hommes trouvent un gîte dans une ferme; ils consomment les vivres reçus à Toulouse.

Mardi 28 Mai 1940

Nous faisons le trajet Donneville - Narbonne où le commissaire militaire belge de la gare nous indique comme destination définitive la commune de Clermont de l'Hérault. Par ses soins, nous sommes ravitaillés en essence une dernière fois (70 litres) à la caserne Montmorency. Nous atteignons Clermont de l'Hérault à 17 h. 30 environ et nous nous mettons aux ordres de notre chef direct, le major Marlier.

Instructions pour les officiers et les soldats

Instructies voor officieren en soldaten

(los papier in cahier)

"Saffelaere

I. Gegradeerden

a) de gegradeerden logeeren bij hun respectiefelijke groep.

b) geven aan den pelotonoverste iederen morgen verslag over de munitiedotatie.

c) de situatie van hun groep bijhouden, de pelotonoverste verwittigen aangaande elke mutatie: hospitaal, infirmerie enz. (nu lijst afgeven op het bureel).

d) elk gegradeerde moet een lijst hebben van 't peloton plus een groepsboekje met: naam, bediening, nummer van het wapen, munitie, nummer van masker. Dit boekje moet stipt bijgehouden worden.

II. Voor de soldaten

1) de ransels altijd ingepakt, tent onder de ranseldeksel, broodzak gesloten, veldflesch vastgemaakt en altijd in zijn drager.

2) gedurende den dag de dekens geplooid en geplaatst in den strooizak die in tweeën moet geplooid zijn en de ransel er boven op.

3) nergens anders uw behoefte doen dan op de daartoe voorzien plaatsen.

4) streng verboden te rooken in de schuren, en onmiddellijke nabijheid.

5) afval van eten op dezelfde plaats leggen; moet onder den grond gestoken worden.

6) geen papieren mogen in het kantonnement ronddwarrelen.

7) wanneer de mannen met rust zijn, moeten ze in de onmiddellijke nabijheid van hun logement verblijven.

8) in geval van vliegtuigalarm iedereen binnen. Degenen die door hun dwaasheid het kantonnement in gevaar brengen, zullen streng gestraft worden.

9) op marsch en op oefening moet de vlietuigalarmtucht ten strengste onderhouden worden (wapens, gezicht, handen verbergen). Dwaze nieuwsgierigheid kan het ergste als gevolg hebben.

10) het wekken moet stipt op tijd geschieden, de mannen moeten zich onmiddellijk wasschen, eten, hun inboedel in orde brengen volgens hierboven gezegd.

11) daar de patroonstasschen zich nogal gemakkelijk openen, is het geraadzaam ze te verzekeren bij middel van een stukje koord, om het verliezen van patronen te beletten.

12) zorvuldig onderhoud der wapens, kleine kuischstokken, geen groote lapjes om het vastzetten te vermijden.

13) uitdoven der lichten op het voorgeschreven uur.

14) altijd helm bij en masker, zelf om uit te gaan in de vrije uren.

15) vooral opgelet in uw gesprekken: met wien en hoe. Gedenk den plakbrief.

16) geen namen schrijven waar uw verblijf is.

17) de circulatie in het dorp is verboden."

Composition de la 4e compagnie du

52e régiment de Ligne au 10 mai 1940